Motion thématique
Lutter contre l’Extrême droite à Paris
Nous assistons, depuis plusieurs années, à un mouvement de banalisation politique et médiatique de l’extrême droite et de ses discours partout dans le monde. En France, nous avons, depuis longtemps, tourné la page du second tour du 5 mai 2002.
Sur le plan électoral, les partis d’extrême droite, le Rassemblement national en tête, progressent à tous les scrutins, au point d’avoir aujourd’hui une sérieuse chance de conquérir le pouvoir.
Sur le plan des idées, la droite et le centre reprennent un à un les marqueurs idéologiques de l’extrême droite, accompagnés dans cette entreprise par des discours médiatiques réactionnaires et identitaires toujours plus visibles.
Sur le plan des institutions, l’étude de juillet 2022 commandée par le groupe écologiste au parlement européen sur la résistance du système juridique français à un potentiel choc autoritaire nous rappelle que la France est particulièrement fragile et pourrait voir son État de droit tomber en moins de 18 mois.
Sur le plan des actes, cette banalisation se traduit aussi par une hausse des actes racistes, antisémites, islamophobes et anti-LGBT+. En 2024, plus de 16 000 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été recensées en France, tandis que les infractions anti-LGBT+ ont encore augmenté.
Paris n’est pas épargnée, malgré une résistance historique aux percées électorales de l’extrême droite, bien que la capitale reste majoritairement ancrée à gauche et au centre.
Les récents scrutins montrent une progression notable de l’extrême droite à Paris : aux européennes 2024, le total extrême droite monte à 14,47% des votant·es, tandis qu’aux législatives de 2024, les candidat·es d’extrême droite dépassent les 10% dans plus de la moitié des circonscriptions parisiennes. Le phénomène de fusion des droites, et de leurs électorats, est aussi à l’oeuvre comme en témoignent les fréquentes saillies rhétoriques nauséabondes des élu·es de la droite et du centre, l’ambiguïté délibérée de Rachida Dati sur son périmètre d’alliance ou le ralliement de cadres de la droite “républicaine” à des candidatures d’extrême droite.
Enfin, l’extrême droite est aussi à l’aise pour occuper nos rues. Alors qu’une chape sécuritaire s’est abattue sur les mobilisations du camp progressiste, banalisant les interdictions de manifester et l’usage de la force publique au mépris du droit, l’extrême droite trouve encore sa place dans les rues de notre ville : marche de la “fierté parisienne”, comité du 9 mai, ou, plus récemment, rixe provoquée par des ultras de l’OGC Nice. Cette impunité a des conséquences : plusieurs agressions visant des militant·es de gauche ou acteurs associatifs ont été attribuées à des groupes d’extrême droite ces derniers mois.
Néanmoins, la montée de l’extrême droite n’est pas une fatalité, son expansion dans la sphère publique est organisée, promue et souhaitée pour servir les intérêts de groupes sociaux minoritaires. La résistance commence par le refus de l’indifférence, de la diffusion de connaissances fiables, l’organisation collective et la création de nouveaux récits politiques.
Pour les écologistes, cela implique de traiter l’antifascisme comme une ligne d’action permanente, pas comme un sujet secondaire ou ponctuel. Il nous faut collectivement résister à l’extrême droite.
La lutte contre l’extrême droite doit devenir une priorité politique du parti des écologistes parce qu’elle est déjà un enjeu écologique autant qu’un enjeu démocratique.
Nous le voyons, l’extrême droite ne se contente plus de banaliser la xénophobie, elle attaque aussi les politiques climatiques, les contre-pouvoirs, les droits sociaux et la solidarité qui rendent possible une transformation plus juste de la société.
I. Prévenir : La lutte contre l’extrême droite commence par le
renforcement du lien social, de l’égalité et par l’éducation populaire.
Former :
C’est d’abord empêcher l’extrême droite de s’installer dans le bon sens commun. Il faut mieux former nos militant·es à repérer ses discours particulièrement quand ils s’habillent dans du patriotisme, de la proximité ou encore du bon sens. Il faut rappeler que le Rassemblement national cherche à verdir son image tout en freinant la transformation écologique de la société.
Diffuser :
Nous devons porter une campagne écologiste de prévention contre l’extrême droite en montrant concrètement ses conséquences sociales, écologiques et autoritaires. Il faut relier justice sociale, écologie et défense des libertés. Notre vigilance doit aussi viser une partie de la droite dite « républicaine », qui reprend et applique certains discours réactionnaires, notamment dans plusieurs arrondissements dirigés par la droite à Paris.
Rassembler :
Ces éléments doivent guider notre pratique militante quotidienne avec la formation d’équipes antifascistes, la production de tracts, des interventions dans les syndicats, associations, collectifs de quartier et lieux d’éducation populaire pour couper l’herbe sous le pied des discours/idées réactionnaires.
II. Anticiper : préparer une capacité de résistance locale
Trois scénarios existent auxquels nous devons être prêts : la banalisation, la percée électorale et la prise de pouvoir. Les deux premiers, nous les vivons déjà. L’anticipation exige que nous ayons une stratégie allant de qui parle à qui protège. Sans prévoir nous sommes exposés à n’avoir qu’une position défensive et fragmentée qui est inopérante.
Il nous faut construire une stratégie en amont :
● Cartographier les lieux de vulnérabilité comme les campagnes de désinformation, conflits locaux sur l’eau, le logement, l’énergie ou les transports où l’extrême droite instrumentalise la colère sociale ;
○ Action : Veille locale sur les conflits sociaux (logement, transports, énergie, eau, déchets), recenser les lieux où circulent désinformation et discours de haine (réseaux sociaux, groupes locaux, réunions publiques)
● Préparer nos alliances avec les syndicats, associations de quartier, collectifs antiracistes, médias indépendants pour répondre ensemble et vite ;
○ Action : réseau d’alerte, organiser des réunions et réponses communes (communiqués, actions, soutien juridique), notamment pour les campagnes de désinformation.
● Protéger le collectif avec une vigilance face aux harcèlements, l’intimidation, l’épuisement militant et les risques juridiques car la lutte contre l’extrême droite est aussi une bataille psychologique et organisationnelle ;
○ Action : Former, mettre en place des dispositifs de soutien (conseil
juridique, avocats
● Anticiper les conséquences/ recul et évaluer la résistance de nos politiques publiques parisiennes ;
○ Action : Construire des scénarios d’anticipation, des plans de continuité
et des actions militantes même en contexte de pression ou de crise
● Protéger les contre-pouvoirs démocratiques : associatifs, mobilisation..
○ Action : Soutenir les associations locales, les médias indépendants,
encourager la participation citoyenne locale
L’anticipation doit enfin être programmatique : chaque campagne écologiste devrait comporter un volet explicite sur l’antifascisme, afin que la question ne soit jamais ajoutée après coup mais intégrée dès la conception.
III. Réagir : protéger immédiatement face aux offensives réactionnaires –
contre les discriminations et les violences.
La réaction politique des écologistes ne peut plus se résumer à la seule protestation après la victoire de l’extrême droite. Il faut produire un contre discours politique, collectif et visible : prise de parole rapide, mobilisation unitaire, relais médiatique, et actions de terrain coordonnées.
Nous devons répondre clairement aux mensonges de l’extrême droite : anti-sociale quand elle défend les lobbies, anti-écologiste quand elle attaque les protections environnementales, séparatiste quand elle relègue les classes populaires, stigmatise et affaiblit les droits sociaux.
Nous défendrons les victimes et les contre-pouvoirs : presse libre, syndicats, associations, lanceur.ces d’alerte, élu.es locaux, et militant.es de terrain. La charte de Munich rappelle l’exigence de vérité, d’indépendance et de refus de la propagande, ce qui en fait un appui utile pour défendre un espace public non soumis à l’extrême droite.
Premier.es signataires :
Léa Balage El Mariky (GL 18)
Aurore Barbier (GL 6)
Ulysse Delerm (GL 18)
Chloé Hilgros (GL 19)
Théophile Keita (GL 12)
Janyce Le Gall (GL 17)
Jeanne Ouvret (GL 17)
Anthony Rodrigues (GL 17)
Elisabeth Abanda (GL 19)
Eric Berlemont (GL 11)
Justine Bigel (GL 11)
Cesar Bouvet (GL 10)
Elise Bruhat (GL 15)
Valentin Cèze (GL 19)
Roxane Dollet (GL 11)
Jean-Luc Dumesnil (GL 17)
Arthur Kanengieser (GL 11)
