CONTRIBUTION POUR REAFFIRMER CE QUI NOUS UNIT

Les élections municipales ont vu la gauche unie remporter une large victoire. Nous pouvons être fier·es de nos efforts sans relâche pour constituer l’union la plus large possible, de notre présence sur le terrain et, finalement, de notre résultat : en effet, l’écologie politique n’a jamais été si représentée au Conseil de Paris ou dans les arrondissements – y compris ceux de l’ouest. Malgré ce bilan positif, sur le plan politique, nous avons fait face à une désunion de la gauche qui doit nous alerter.

La séquence des municipales a été longue pour notre parti et elle a créé d’importants moments de friction entre nous. Sans chercher à l’étirer davantage et à cristalliser des tensions qui ont pu apparaître au cours des deux dernières années, il nous apparaît toutefois indispensable d’en dresser un bilan synthétique. Aussi nous sommes-nous retrouvé·es entre militants et militantes écologistes de l’ensemble de nos arrondissements pour lister les grands enseignements de la séquence, positifs comme négatifs.

À partir de ce bilan, il est alors permis de réfléchir collectivement à une vision et une stratégie de développement du parti et de l’écologie politique à Paris pour les prochaines années tout en travaillant pour une union de la gauche élargie.

Ce document expose ainsi de premiers axes de travail qui nous semblent prioritaires pour le prochain mandat du Conseil politique départemental (CPD) et du Bureau exécutif départemental (BED).

Il est volontairement non exhaustif. Son ambition première est d’offrir un cadre d’expression à l’ensemble des adhérent·es parisien·nes. À la fin de ce document, vous trouverez une proposition pour prendre part à cette démarche. Au cours des prochaines semaines, nous organiserons des ateliers et des rencontres réunissant toutes celles et ceux qui, au-delà des clivages récents ou anciens, ont la volonté de faire émerger une feuille de route pour les deux prochaines années qui répondra à trois objectifs prioritaires :

En mars 2026, les électeurs et électrices parisien·nes ont très largement voté pour la liste d’union des partis de gauche. Iels ont ce faisant validé dans les urnes la stratégie et la proposition que nous avons votées en notre sein en 2024 : construire l’union de la gauche et des écologistes la plus large possible pour continuer à transformer la ville. Non seulement nous avons su garder la Ville mais nous avons même consolidé notre majorité. Au sein de celle-ci, les écologistes occupent une place importante avec le plus grand groupe écologiste à ce jour. Trois mairies sont désormais écologistes et notre présence dans les conseils d’arrondissement s’est sensiblement renforcée.

Ce résultat n’est pas seulement le fait d’un pari gagnant sur la stratégie. Pendant des mois, et dans l’ensemble des arrondissements, les militant·es écologistes ont fait campagne pour convaincre les parisien·nes, que ce soit en porte-à-porte, à la sortie des métros ou lors de réunions publiques. Nous pouvons être fier·es de cette campagne et de ce résultat.

Cependant, cette victoire ne doit pas masquer l’autre partie de la réalité. La campagne des municipales des Écologistes n’a pas su capitaliser sur ses atouts initiaux. L’avance dont nous disposions n’a pas bénéficié aux processus de désignation internes et a mis en lumière les fragilités structurelles de notre organisation :

L’emprise des logiques de courants, conduisant à des processus de désignation et de constitution des listes opaques ; des votes en CPD qui ne reflètent pas la teneur des débats, donnant le sentiment que les décisions sont réglées d’avance ; la méthode choisie pour constituer la liste a engendré un déséquilibre regrettable dans la représentation des arrondissements au Conseil de Paris ; ou encore le manque d’anticipation, qu’il s’agisse du plan de financement, de la mise en place de l’équipe de campagne, de la désignation des listes et du recours du Conseil Statutaire, ou du pourtant prévisible changement du mode de scrutin (loi PLM).

La confiance dans nos processus démocratiques a été profondément abîmée. Cela a pu décourager un engagement militant sincère et renforcer les logiques de clan au détriment du collectif.

Nous devons rompre avec ces pratiques et remettre au cœur de la vie militante les idées, le débat, les actions de terrain, la formation aux fondamentaux de l’écologie politique, et le lien entre les élu·es, les militant·es et la société civile. C’est comme cela que nous pourrons reconstruire la confiance, nous renforcer et porter à la victoire l’écologie politique lors des futurs scrutins nationaux et locaux.

Construire un projet pour Paris


L’écologie parisienne ne peut pas être uniforme. Les combats à mener dans les arrondissements historiquement ancrés à gauche ne sont pas identiques à ceux que nous devons mener dans les arrondissements de conquête, où les maires de droite freinent chaque transformation. Notre projet pour Paris doit porter une vision globale tout en respectant ces singularités territoriales.

Nous devons porter des projets de transformation co-construits avec les parisien·nes et qui ont pour but d’améliorer leur quotidien et de leur permettre de vivre dans de bonnes conditions dans un Paris à 50 degrés.

Nombre de projets nous invitent également à nous rapprocher de nos camarades écologistes des villes de la petite ceinture.

Des groupes de travail doivent être plus souvent créés entre nos instances et les groupes locaux de banlieue lorsque des sujets concernent les deux territoires : c’est par exemple le cas de l’avenir du périphérique et de la transformation de certaines portes de Paris. Plus généralement, nous serions collectivement meilleur·es avec une communication entre nous plus régulière et une participation plus importante à nos événements respectifs, et ceux organisés par des organisations alliées dans les départements limitrophes.

Dans tous les cas, notre ligne politique doit être plus claire que jamais : nous portons une écologie populaire, antifasciste, antiraciste, féministe et luttant contre toutes les formes de discrimination

Enrichir et faire vivre le projet “Commun(e)s”


Si la reprise du projet “Commun(e)s” durant la campagne a été très inégale, il constitue toutefois une riche base programmatique. Il importe de faire vivre ce travail au cours des prochaines années et de l’enrichir. Les groupes de travail doivent être investis par les élu·es et les militant·es pour que la plateforme soit constamment enrichie et inspire les projets que nous voulons mettre en œuvre là où nous sommes en responsabilité.

Une personne élue au bureau exécutif devra veiller à l’animation collective autour de ce projet.

Pour protéger : porter collectivement une exigence d’exemplarité


Nous ne pouvons pas appeler à transformer la société si nous ne nous transformons pas nous-mêmes. L’exemplarité n’est pas un supplément d’âme : c’est la condition de notre crédibilité. Tout·e membre du prochain BED devra être formé·e aux enjeux de violences sexistes et sexuelles, d’antiracismes et de lutte contre les discriminations dès sa prise de fonction et s’engager à travailler à l’amélioration de nos protocoles de prévention et de suivi. Les engagements de formation pris lors du mandat précédent et non honorés ne doivent pas se répéter.

Les témoignages récents de collaborateur·rices nous ont rappelé que la protection des personnes qui s’engagent ou travaillent pour notre mouvement est une responsabilité politique directe du parti. En lien avec les instances de régulation nationales, une cellule d’accompagnement dédiée sera mise en place pour garantir un cadre sûr et protecteur pour toutes et tous.

Pour avancer collectivement, réaffirmons nos valeurs de bienveillance et d’inclusion. Pour que toutes et tous trouvent leur place dans le parti, nos échanges doivent les incarner et devenir des principes de bon fonctionnement interne.

Le respect, l’écoute et la capacité à débattre sans disqualifier doivent être des principes de base de notre fonctionnement, afin de garantir un cadre de travail sain, pertinent, inclusif et propice à l’engagement de toutes et tous.

Les boucles mails, lieux d’échanges et de débat, doivent donc être des espaces sûrs, où les échanges se font systématiquement dans le respect et selon les principes de communication non-violente.

Des groupes locaux reconnus et soutenus


Les co-secrétaires des groupes locaux (GL) sont les chevilles ouvrières de notre organisation. Trop souvent traité·es comme des variables d’ajustement, iels sont pourtant en première ligne pour faire remonter les réalités du terrain et méritent une reconnaissance à la hauteur de leur engagement.

Nous souhaitons pérenniser la réunion mensuelle de coordination des co-secrétaires, qui permet le partage d’informations et d’expériences entre les GL, maintenir les boucles de discussion bilatérales, et instaurer des moments de valorisation du travail des groupes locaux lors de “rencontres parisiennes”. Ces moments, organisés tour à tour dans différents arrondissements, donneront à voir à l’ensemble des militant·es les projets et actions du groupe local qui nous reçoit.

Un CPD vivant, représentatif et équilibré


Le Conseil politique départemental doit être un espace de travail collectif, où chacun·e peut faire preuve de discernement et s’exprimer sereinement selon son jugement personnel, pas un terrain de rivalités stériles. Dans une assemblée apaisée, les débats sont alors un exercice d’intelligence collective, et non plus une formalité dont l’issue est jouée d’avance sur la base de rapports de force préexistants.

Pour redonner du sens à cette instance, il nous faut remettre l’engagement militant et de terrain au centre, et placer les équilibres internes au service de l’ensemble des territoires. À ce titre, les représentant·es de GL au CPD sont un maillon important de la relation avec l’ensemble des groupes locaux. Véritables relais entre les militant·es de terrain et l’échelon parisien, il est essentiel de garantir qu’ils et elles puissent accomplir cette fonction de représentation territoriale, dans l’intérêt de notre démocratie interne et d’une meilleure prise en compte des spécificités territoriales.

Cela passe également par une amélioration du fonctionnement quotidien du CPD : convocations et motions transmises suffisamment en amont pour permettre une préparation collective en groupe local ; désignation d’une personne référente au BED chargée du lien avec le CPD et du respect du calendrier..

Le CPD a également vocation à être un espace de débats de fond sur les grands enjeux politiques du moment, mobilisant des expert·es thématiques qui militent en notre sein ainsi que des intervenant·es extérieur·es.

Nous souhaitons renforcer son rôle doctrinal et programmatique notamment en lien avec les élu·es (parlementaires, régionaux et municipaux) et les militant·es.

Le BED : une instance équilibrée, fonctionnelle et représentative


Les personnes qui s’engageront au BED doivent le faire pour servir le collectif écologiste parisien. Le bon fonctionnement de cette instance ne doit plus être empêché par des logiques de posture et de défense des intérêts d’un courant interne. C’est un mandat particulièrement exigeant et seule l’envie de résoudre concrètement des problèmes au quotidien et d’accompagner les projets des GL et des militant·es doit compter.

Le BED devra également être garant d’un processus d’investiture qui dépendra moins des équilibres internes pour, à l’avenir, davantage valoriser les parcours, l’ancrage local et les compétences, tout en veillant bien sûr au bon équilibre entre démocratie subsidiaire et stratégie électorale.

Par ailleurs, la représentation de la diversité des adhérent·es et de nos territoires est un impératif démocratique. Aussi la future équipe du BED devra-t-elle être à l’image de l’écologie parisienne et en mesure de porter la voix de l’ensemble des arrondissements parisiens.

L·a salarié·e du parti est la pierre angulaire du bon fonctionnement de notre organisation. Sa charge de travail doit être protégée.

Agir, mobiliser et recruter même en dehors des périodes de campagne


Les prochains mois s’annoncent chargés en échéances électorales : primaire de la gauche, élection présidentielle et élections législatives, avant les élections régionales en 2028, puis les élections sénatoriales et européennes en 2029. Nous devons à la fois nous renforcer structurellement, sur le long terme, et être opérationnel·les dès le début de ces campagnes électorales.

Nous devons par exemple améliorer notre prise en main collective des outils de mobilisation. Des référent·es par arrondissement puis l’ensemble des militant·es devront pouvoir être formé·es. Des opérations “test” de porte-à-porte, d’inscription sur les listes électorales ou de recrutement pourront être organisées (celles-ci s’inscrivant dans une campagne plus globale de recrutement).

La mobilisation de terrain en dehors des périodes électorales doit être consolidée, notamment par un lien plus étroit entre les campagnes de l’échelon national, du bureau régional, du BED et des GL nous permettant de disposer de plus de matériel de mobilisation en ligne avec les sujets d’actualité nationale ou locale.

Le BED doit également favoriser l’expression d’idées de formations et de mobilisations nouvelles par l’ensemble des militant·es du parti, et se mettre à leur service pour les concrétiser. C’est la garantie d’un fourmillement d’idées innovantes qui répondent au besoin de la majorité d’entre nous et d’une inclusion de toute·s les militant·es, qu’importent leur ancienneté, leurs éventuels mandats ou leur champ de compétences respectif.

Renforcer le lien entre parti, militant·es et élu·es


Le manque de coordination entre le BED et le groupe des élu·es parisien·nes est l’un des points faibles du mandat écoulé.

Nous proposons tout d’abord la création au sein du BED d’un pôle dédié lien permanent avec les élu·es. Ce pôle organisera régulièrement des temps de restitution des projets portés par nos élu·es ainsi que des temps d’échanges et de débats ouverts aux militant·es. Le Conseil politique départemental peut être un des espaces où ces travaux auront lieu.

Ce lien renouvelé nous permettra d’une part de mieux communiquer sur les actions entreprises par les élu·es écologistes et d’autre part, de nourrir leurs réflexions et futurs travaux par les remontées de terrain des militant·es, dont la connaissance du territoire et les engagements divers restent un précieux matériau politique.

Consolider notre culture politique commune


Renforcer le parti suppose également de consolider notre culture politique commune, en développant des temps de formation à la doctrine écologiste, aux pratiques démocratiques et à la vie de nos instances, afin de garantir la cohérence entre nos valeurs et nos pratiques.

Nous devons systématiser l’organisation d’échanges dédiés à une thématique lorsqu’il existe un sujet fort de la mandature ou qui peut crisper afin que nous disposions d’une connaissance plus fine des enjeux et des motivations derrière chaque décision.

Le parti doit évidemment être un espace où l’on se forge une opinion et où l’on affûte nos arguments pour convaincre autour de nous.

Porter l’ambition d’une gauche unie face à la droite réactionnaire et l’extrême droite


L’union de l’ensemble de la gauche et des écologistes doit rester notre horizon. Nous continuerons tant qu’il le faudra de coconstruire avec toute la gauche (partis, associations et société civile) un programme de rupture face à la droite réactionnaire et l’extrême droite.

Cela commence dès maintenant avec la nécessité de créer le cadre d’une primaire de la gauche et des écologistes, et se poursuivra en 2027 avec les élections présidentielle et législatives.